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Sujet : Suis-je le mieux placé pour me connaître ?

Extrait du corrigé : Mais à combattre le moralisme en art, il n'est pas, pour autant, favorable à l'« idée de l'art pour l'art » (« il ne s'ensuit pas encore que l'art doive être absolument sans fin »). Visualisant cette expression, qui débute et s'achève par le mot « art », et avec le goût journalistique de la pointe, il désigne l'expression par l'image de l'ourobouros, « un serpent qui se mord la queue ». Autrement dit, à n'affirmer que cela, on n'affirme pas grand-chose...Ayant réglé son compte à l'élucidation du sens de l'expression « l'art pour l'art » (comme réaction à l'art moralisateur), Nietzsche prend position, non pas immédiatement sur le contenu (cela ne se révélera qu'à la fin du texte) mais en examinant les présupposés des positions.Deux positions sont possibles : celle de la passion pure (« Etre plutôt sans but, que d'avoir un but moral! ») et celle du psychologue (« Que fait toute espèce d'art ? »).Le texte témoigne d'une progression de la pensée, à condition de passer de la position de la passion à celle du psychologue. Mais cette progression n'est pas linéaire, elle ne peut se faire que grâce à un renversement.Premier temps: l'art auquel on ajoute un but (qui n'est pas le sien): moraliser.Deuxième temps, qui est celui de la passion: retrancher ce but, et laisser alors l'art, seulement comme art.

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Problématique

Au premier abord, il me semble que je suis le mieux placé pour me connaître. En tant qu'être conscient, j'ai le sentiment de savoir qui je suis, ce que je suis. En revanche, il m'arrive souvent de penser que les autres ne me comprennent pas, qu'ils ne peuvent avoir accès à mon intimité, et donc qu'ils ne me connaissent pas. Toutefois, ma subjectivité n'est-elle pas un obstacle à une connaissance objective de moi-même ? Quand je prétends me connaître, ne suis-je pas, au fond, de mauvaise foi ? Et s'il m'arrive de reconnaître tel ou tel défaut que j'ai, n'est-ce pas par complaisance ou pour le nier par cet acte même de sincérité ? En outre, à supposer que je m'efforce d'être le plus objectif possible, la simple conscience immédiate que j'ai de moi-même n'est-elle pas illusoire ?
 Nietzsche a su prendre la mesure de la difficulté. Dans Le Gai Savoir, il écrit « Combien de gens savent-ils observer ? Et, dans le petit nombre qui savent, combien s'observent-ils eux-mêmes ? "Nul n'est plus que soi-même étranger à soi-même ", (...) c'est ce que n'ignore, à son grand déplaisir aucun sondeur de l'âme humaine; la maxime "Connais-toi toi-même" prend dans la bouche d'un dieu, et adressée aux hommes, l'accent d'une féroce plaisanterie » (§ 335, trad. A. Vialatte, coll. Idées, Gallimard, 1950).
 Autrui est-il, pour autant, le mieux placé pour me connaître ? Il ne semble pas. Comment peut-il, partant de l'observation de mes comportements, avoir accès à mon intériorité ? N'est-il pas extérieur à moi, à ce que je ressens, à mes pensées les plus secrètes ? Rousseau nous raconte, dans Les Confessions, qu'accusé injustement d'avoir commis une faute, il découvre avec stupéfaction que son innocence n'est pas directement perceptible par les autres. En outre, comment autrui peut-il me connaître, s'il ignore la part d'étrangeté ou cet « autre » qui est en lui ? Ne risque-t-il pas de me voir tel qu'il souhaiterait consciemment ou inconsciemment que je sois ?
 Faut-il, dès lors, pour vraiment se connaître, passer par la médiation d'un psychanalyste, c'est-à-dire d'un être qui se connaît suffisamment de l'intérieur pour éviter toute projection et qui, à défaut de me dévoiler ce que je suis vraiment, car il ne faut pas demander l'impossible -Freud ne cachait pas l'ampleur du projet analytique en le comparant aux grands travaux d'assèchement des polders en Hollande-, me permettra néanmoins de recouvrer une certaine intelligence de moi-même ?
 On peut se demander si le rapport à soi se pose en termes de connaissance. La volonté de comprendre à tout prix, recherche butée de la transparence, ne vise-t-elle pas à bannir de ma conscience le sentiment de l'opacité de mon être, à résorber mon être dans la connaissance que je pourrai en avoir ? Pourquoi vouloir réduire le vécu à l'intelligible ? A moins d'être sans fin sujet à une compulsion de répétition, confronté toujours au retour du même, à l'échec et à la souffrance névrotique - auquel cas le recours à un psychanalyste s'avère souhaitable -, ce qui importe, n'est-ce pas, plus que la connaissance de soi, la quête de soi ? Quête qui peut prendre diverses formes (l'amour, la création) et qui devient ce qui me soutient dans l'existence et me porte en avant.



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